Loreen Casati, Premier Prix du concours Escapade

Avec son album Le tableau, Loreen Casati a su emporté l’adhésion du jury et a reçu le 1er prix de l’édition 2020 du concours de l’Atelier A3.
Elle nous raconte comment elle a conçu ce bel album.

@ Loreen Casati pour l’Atelier A3

 

  Loreen, raconte-nous ton parcours ?

@ Loreen Casati, Autoportrait

Je suis en seconde année du D.M.A de graphisme et numérique, à l’école Estienne. Quand j’ai réalisé “Le tableau”, j’étais en première année et c’était ma toute première expérience dans l’illustration.

 Avant, j’ai suivi une toute autre filière puisque j’ai un bac scientifique ! Longtemps, j’ai pensé que l’art et l’illustration ne seraient qu’un loisir pour moi, qui occupait néanmoins une grande place dans ma vie : je suivais des cours de modèle vivant et j’adorais ça ; et j’ai choisi Option Arts plastiques dès la Troisième. J’alliais ma scolarité avec cette passion du dessin, sans penser que cela puisse prendre une autre tournure

Pourtant, en terminale, alors que j’étais prise dans des prépas scientifiques, j’ai eu un entretien à l’école Estienne, seul choix artistique que j’avais osé sur ParcoursSup. Je me suis présentée avec un portfolio contenant tous mes dessins, mes recherches, mes carnets, un book pêle-mêle de tout ce que je faisais à côté de mes études. Ce book et ma motivation les ont convaincus. Pour moi, ce fut un véritable déclencheur et j’ai changé d’orientation pour le design et l’illustration.

 J’ai toujours eu la passion du dessin et la passion du cinéma. À Estienne, j’ai découvert le métier de “storyboard-artiste” et ça me tente vraiment ! Bientôt, je vais faire un stage à La brigade du Titre qui réalise des génériques pour des séries Netflix et Arte, je vais découvrir le « motion-design ».
Ensuite, je ne sais pas : une école de cinéma ou continuer dans les écoles d’art, Estienne, Emile Cohl, l’Ensaama… 

En tout cas, raconter une histoire et dessiner, pour le jeu vidéo ou l’animation, la BD ou dans l’illustration, c’est ça que je veux faire.

 

  C’est quoi ton truc préféré dans la vie ?

@ Loreen Casati, non atelier imaginaire

Avant le Covid, quand j’ai emménagé à Paris, c’était les sorties culturelles, aller au cinéma, dans les musées… Maintenant, et les confinements, je regarde des séries, des films et je dessine en même temps : je redessine les plans. Le cinéma d’animation, l’illustration, la bande dessinée, le manga, ce sont tout ces médiums qui me font plonger dans le monde de l’art.

  

   Raconte-nous ton album Le Tableau

C’est l’histoire d’une petite fille qui est fascinée par un tableau dans un musée. Elle brave les interdits, le touche, et le tableau l’absorbe. Elle vit alors toute une escapade dans cet espace à l’opposé de son monde à elle, puis elle revient à la réalité doucement.

@ Loreen Casati, Le Tableau – Atelier A3
@ Loreen Casati, Le Tableau – Atelier A3
@ Loreen Casati, Le Tableau – Atelier A3

 

  Comment as-tu réussi à dérouler ton fil narratif ? Quels écueils tu as dû surmonter ? 

Pendant le confinement, j’étais rentré à Lyon. Par ma fenêtre, je ne voyais que des immeubles et j’avais envie de nature ! Ce contraste entre ce que je voyais au quotidien et l’envie de nature m’a guidé d’emblée. J’ai d’abord eu l’idée de quelqu’un qui voyageait à travers des cartes postales collées sur le frigo. Mais c’était trop compliqué à mettre en place en 16 pages. Alors, j’ai pensé à quelqu’un qui entre dans un tableau. Mais pour que l’histoire fonctionne, il fallait signifier un contraste entre le quotidien et l’inhabituel. J’ai donc choisi une forêt amazonienne évoquant l’évasion, très loin de la ville.

@ Loreen Casati, Le Tableau – Atelier A3
@ Loreen Casati, une planche

Comme j’avais l’impression que cette histoire ne se raconterait pas bien en double page comme pour un album illustré, j’ai privilégié une narration proche de la bande dessinée. Par le biais des cases, je pouvais déployer toute mon histoire.
Parfois, l’enchaînement narratif bloquait, car on ne comprenait pas ce qui se passait. Alors, j’ouvrais toutes les BD que j’avais chez moi et je cherchais à comprendre comment les auteurs professionnels réussissent à rendre plausible et compréhensible les actions.

L’écueil le plus important pour moi a surtout été de déterminer quel style graphique j’utiliserais.

 

  Quelles ont été tes étapes de travail, crayonnés, story-board… ?

On était en plein confinement, je n’avais plus de papier : j’ai tout fait sur mon iPad, même le story-board, alors que normalement je le fais de manière traditionnelle. Je suis une grande fan d’aquarelle et des encres de chine, tout ce qui est très liquide, très vaporeux. Mais pour ce projet, tout est réalisé à l’iPad, en aplats.

@ Loreen Casati – StoryBoard

J’ai fait le story-board immédiatement parce que certaines planches me trottaient en tête. Je les ai vite dessinés, pour ne pas les oublier ! Mon story-board est plutôt lâché avec une mise en page précise et un découpage qui n’a quasi pas évolué ensuite. C’est l’étape la plus fluide et la plus simple de tout le processus. 

Par contre, les esquisses dans chaque case n’ont rien à voir avec le dessin final. Sur le style, j’étais dans le flou, je ne savais pas comment j’allais représenter le personnage et les décors. Je pouvais détailler les visages et les corps avec un paysage aux lignes plus sommaires en arrière-plan. Ou l’inverse.
Dans mes ateliers de modèles vivants, j’avais tendance à ne pas faire le visage, mais seulement son contour. Avec l’idée que ça aide à la compréhension globale de mon dessin. Je suis partie de ce postulat d’un visage-silhouette et j’ai commencé par le personnage, puis j’ai fait les décors. La première scène que j’ai travaillée est celle où le personnage saute dans la cascade : cela a donné le coup d’envoi pour tout le reste.

@ Loreen Casati, Le Tableau

 Pour les couleurs, la peau rouge est arrivée plutôt par défaut, à partir d’une teinte posée sans recherche précise. Ensuite, dès que je tentais de changer cette couleur, plus rien n’allait ! J’ai enrichi ma palette en cherchant du contraste à partir de ce rouge et j’ai défini le bleu et le vert.

Aucun dessin n’est cerné, mais les cases le sont : comme c’était mon tout premier travail d’album, j’étais parfois un peu perdue, je n’ai pas trop osé sortir des cases… À l’avenir, j’essaierai d’en sortir et de jouer avec.

 Avec l’IPad Pro, on utilise l’application Procreate, en RVB. Du coup, les couleurs sont plus vives qu’en CMJN… J‘utilise Photoshop pour les retouches sur ordinateur.

  Quelles sont tes influences ?

Pour les décors, je me suis beaucoup inspiré de Katsushika Hokusai, des Nabis et d’Édouard Vuillard.
Il y a des artistes comme Tomer Hanuka que je suis sur Instagram. Des auteurs de mangas chinois, Wu Miao pour « La Légende de Tarsylia », Jidi A Geng  pour « Sur La Pointe des Pieds » dont les couleurs m’avaient émerveillées.
L’animation aussi, avec Walt Disney d’abord, puis Miyazaki et Satoshi Kon.
J’aime les œuvres qui parlent à tous les publics, la jeunesse mais aussi aux adultes.

Et si c’était à refaire ?

Ne plus douter autant du style ! C’était la partie qui m’a le plus posé de souci. J’étais même à deux doigts d’abandonner, parce que je ne savais pas comment démarrer.
J’avais toujours eu envie de faire une bande dessinée, alors il était essentiel que j’aboutisse seule sans prendre d’avis extérieurs, de peur de me perdre. Travailler seule presque deux mois, se confronter aux problèmes techniques comme la colorimétrie CMJN / RVB, et être récompensée renforcent ma confiance en mes capacités de dessins, de narration, dans le choix de mes études… et m’a permis d’intégrer des contraintes pour rendre ensuite des travaux plus professionnels…

Les conseils que je pourrais donner, c’est de ne pas abandonner en cours de route : on n’a rien à perdre à aller jusqu’au bout…