Une Escapade selon Viola Amman

Lauréate du troisième prix du Concours 2020, Viola Amman nous raconte comment elle a conçu et réalisé son album Bienvenue !

© Viola Amman pour l’Atelier A3

   Viola, raconte-nous ton parcours ?

© Viola Amman

Je suis italienne, je viens de Milan. Depuis maintenant cinq ans, j’habite à Lyon pour mes études. Après mon bac, faire du dessin, pour moi, s’est imposé. Mais je ne savais pas vraiment quoi choisir : bd, illustration ou animation. En Italie, il y a de très bonnes écoles, mais chaque domaine est enseigné séparément. J’ai cherché et j’ai découvert l’école Emile Cohl à Lyon. Leur formation me correspond car on y propose trois ans de pratique du dessin, tout explorant à la fois l’animation, l’illustration et la bd pour ensuite se décider. C’est ce qu’il me fallait.

A l’issue du cycle 1 de « Dessinateur praticien », j’ai poursuivi mes études en « Master Edition, option illustrations et bd ». Actuellement, je suis en dernière année et je travaille sur mes projets de diplôme. Pour finaliser ma formation, je cherche un stage. J’ai envoyé beaucoup de candidatures un peu partout, j’ai eu quelques contacts avec des maisons d’édition et j’ai pu parler avec pleins de gens. Une journée de « job Dating » a été organisée par l’école, pour rencontrer d’autres éditeurs encore. 

 

   C’est quoi ton truc préféré dans la vie ?

© Viola Amman, son atelier imaginaire

Mon truc préféré, c’est cuisiner et partager un bon repas ! Je suis gourmande, j’aime à peu près tout, aussi bien la cuisine italienne que la cuisine française. Avec quand même une préférence pour l’italienne ! 

 

   Raconte-nous ton album, Bienvenue !

C’est l’histoire d’une petite maison qui ne se sent pas bien là où elle est. Un jour, elle décide de partir à l’aventure pour trouver un nouveau chez elle… Finalement, ce qui est important, pendant ce voyage, ce sont les rencontres qu’elle va faire sur sa route. 

 

   Comment as-tu réussi à dérouler ton fil narratif ? Quels écueils tu as dû surmonter ?

Le thème Escapade tombait bien avec le confinement… Quand je recherche une histoire, je me lance dans deux choses : d’un premier côté, je dresse une liste de phrases, de mots et les thèmes que j’ai envie de raconter. De l’autre côté, j’ébauche des petits dessins, sans trop réfléchir. Pour ce projet, j’avais croqué une petite maison avec des jambes, des pieds et des mains. Elle m’a beaucoup plu ! Bien sûr, c’est lié au contexte du confinement : on a tous dû vivre chez nous, lieu qui est devenu très important. J’ai développé mon petit dessin de maison en le liant aux thèmes de liberté, voyages, se sentir bien ou pas bien, les rencontres… 

© Viola Amman, recherches couleur

   Quelles ont été tes étapes de travail, crayonnés, story-board… ?

Il fallait une histoire simple, car l’album ne fait que 7 double-pages. C’est trop court pour raconter une histoire complexe ! 

© Viola Amman, chemin de fer

Pour commencer, je clarifie mes idées en posant des petites scènes dans un format vraiment tout petit. Cela m’aide aussi à estimer l’espace que j’aurai pour dérouler mon récit. J’ai d’ailleurs réalisé plus de dessins que nécessaires ! Il y avait plein de choses qui me venaient à l’esprit. Ensuite, pour créer mon histoire, j’ordonne toutes ces images en sélectionnant celles qui me plaisent le plus et je relie entre elles. Même si mon story-board n’est qu’une ébauche, une fois qu’il est posé, je m’y tiens.

Mes 7 scènes choisies, je finalise un chemin de fer plus détaillé et j’entreprends des recherches graphiques au crayon. Quand je suis satisfaite du rendu graphique, j’attaque enfin les crayonnés puis la couleur. Ensuite vient l’étape du scan, je mets mes dessins au propre avec Photoshop. 

© Viola Amman, recherches

   C’est quoi ta cuisine ?

Quand j’ai fait mes recherches graphiques, je savais que je n’avais pas énormément de temps pour réaliser le projet : cela a influencé mon style. Ma préférence tend vers les techniques traditionnelles, alors j’ai utilisé les crayons de couleurs. J’aime quand il y a des petites textures, des imprévus. Je trouve le rendu plus personnel et intime. 

 

   Quelles sont tes influences ?

J’aime beaucoup Květa Pacovská. Je ne la connaissais pas avant que mes professeurs établissent un lien entre mes recherches et son œuvre graphique. 

Deux auteurs-illustrateurs italiens m’inspirent également beaucoup : Andrea Antinori et Noemi Vola, pour la liberté qui se dégage de leur travail, à la fois enfantin, aux formes très libres, réalisées aux crayons et aux feutres. Mais aussi le travail de Beatrice Alemagna, Sarah Mazzetti, Hasan MousaviiValerio Vidali

Mon travail est une superposition de tous ces artistes qui m’ont touchée et qui m’ont montré que l’on pouvait s’exprimer comme on le ressent. Dans mon carnet, j’ai commencé à dessiner plus librement et à affirmer mon propre style. Avoir découvert ces artistes m’a autorisé à plus suivre mon ressenti.

 

   Et si c’était à refaire ?

Vos remarques techniques sur les problèmes d’impression m’ont été très utiles. On n’a pas trop l’habitude d’imprimer nos travaux à l’école. Du coup, en finalisant mon projet de diplôme, j’ai réfléchi à certains aspects techniques auxquels je n’aurais peut-être pas pensé avant d’avoir participé au concours, comme de m’assurer que la texture que j’obtiens avec le crayon sorte bien une fois imprimée. 


  L’avis de l’Atelier A3

Bienvenue ! est un album coup de cœur, pour la simplicité de ses formes, le côté lâché du dessin, les couleurs primaires et l’évidence, de la mise en page. Cette simplicité, cette liberté des formes, produisent un album pétillant, joyeux, enthousiasmant.

Le travail de Viola Amman est à découvrir ici.