L’escapade de Marion Sonet

Second prix du Concours ESCAPADE avec son album Mirza se fait la malle, Marion Sonet a accepté de répondre à nos questions pour nous raconter comment elle s’est emparée du thème et pour nous livrer techniques et conseils.

© Marion Sonet pour l’Atelier A3

Marion, raconte-nous ton parcours ?

© Marion Sonet

Après un baccalauréat en Arts Appliqués, j’ai obtenu mon BTS en design graphique, puis un DNAP à l’ISBA de Besançon. Toutes ces formations m’ont permis d’expérimenter de nombreuses pratiques artistiques. Mais mon choix était de devenir illustratrice. Alors, j’ai trouvé en Belgique une très bonne formation, je suis partie à Bruxelles, à l’ESA St-Luc suivre un Bachelor. C’est une super formation, assez technique mais orientée illustration jeunesse, avec la possibilité d’expérimenter différents domaines. La formation nous laisse libre de nous exprimer, de trouver sa propre identité. Je suis très contente d’être partie là-bas, Bruxelles est une ville superbe et idéale pour un·e étudiant·e en art !

Aujourd’hui, je démarche les maisons d’éditions pour proposer mon savoir-faire pour des albums illustrés. Cela prend du temps, car il est complexe de comprendre ce que des éditeur·trice·s attendent de vous, et de savoir comment présenter son portfolio. Dans un premier temps, on ne sait pas très bien ce que va préférer votre interlocuteur·trice : dessins pour enfants ou pour adultes ? Savoir cibler, c’est le plus difficile !
En plus, je fais des choses assez diversifiées. En définitive, j’ai compris qu’il valait mieux avoir de la qualité plutôt que de la quantité. Bref, il faut surtout comprendre et connaître ce que publie la maison d’édition, ce qui pourra l’intéresser dans mon travail, et écarter ce qui paraît secondaire.

  C’est quoi ton truc préféré dans la vie ?

© Marion Sonet, son atelier imaginaire

Oh, que des choses simples !! Le contact avec la nature et les animaux ; être avec mes amis et passer du temps à refaire le monde ! C’est ça mon truc… refaire le monde et en parler pendant des heures !

  Raconte-nous ton album, Mirza se fait la malle

© Marion Sonet, Mirza se fait la malle

C’est l’histoire d’une grand-mère et de son chien qui est plutôt possessif et jaloux ! Ils se promènent tous les deux dans un parc public, mais la mamie s’occupe un peu trop des pigeons. Alors, Mirza pique une crise de jalousie et pour attirer l’attention de sa maîtresse, s’enfuit.

Mon inspiration, c’est la chanson de Nino Ferrer : Mirza. C’est un tube léger et rigolo. Cette chanson m’est venue à l’esprit, car je voulais raconter une histoire simple et efficace.
J’ai d’abord eu en tête une toute autre histoire : celle d’une petite fille qui se balade la nuit avec son chat. Mais j’ai jugé qu’en 16 pages, je ne réussirais pas à installer de vrais moments forts.

  Comment as-tu réussi à dérouler ton fil narratif ? Quels écueils tu as du surmonter ?

Ah les écueils !! Surtout par rapport à mon style d’illustration !
J’aime les planches très fournies, avec beaucoup de détails. Lors de ma première participation au concours, avec l’album « La tarte au citron », vous m’aviez expliqué que les nombreux détails composant mes dessins faisaient barrage à la compréhension de l’histoire. Du coup, j’ai décidé de rester le plus simple possible, à la fois dans la narration et dans la composition des images, en faisant des pages plus aérées.

© Marion Sonet, crayonné

  Quelles ont été tes étapes de travail, crayonnés, story-board… ?

Mon story-board me permet d’étalonner les 16 pages de l’album complet. Je construis chacune de mes doubles-pages de manière rapide, en privilégiant surtout la narration. Je répartis sur ce chemin de fer les actions de mon récit que je juge importantes. Je pose déjà une idée de la composition, mais je ne m’y attarde pas. C’est ensuite, quand je me lance dans le dessin final, c’est vraiment là que je compose l’image, c’est assez instinctif et naturel.

© Marion Sonet, crayonnés

 

  Tu as privilégié une construction page page plutôt qu’en double-page. Tu peux nous dire pourquoi ?

16 pages, c’est très serré ! J’ai toujours envie de dire beaucoup, alors j’ai choisi un découpage page à page. Si l’album avait été en 32 pages, j’aurais privilégié la double page. Mais j’ai lié les pages en vis-à-vis, avec les paysages, créant une continuité sur les doubles. Au milieu de l’album, j’ai créé une aération, une pause, en introduisant du blanc dans mon dessin sans décor, il n’y a quasiment que les personnages. Cela m’a permis de marquer un moment clef de l’action.

© Marion Sonet, Double-pages

  C’est quoi ta cuisine ?

J’ai choisi de faire un dessin au crayon à papier noir, puis de passer à la colorisation avec Photoshop. Comme c’est une histoire pour les enfants, je voulais des couleurs vives et pures, avec une palette restreinte. C’était un test, j’ai plutôt l’habitude de techniques « traditionnelles », aquarelle, crayons de couleurs…

  Quelles sont tes influences, pour cet album et en général ?

L’Art Nouveau que j’aime beaucoup : à la fois très chargé, beaucoup de nature et des formes végétales avec des dessinateurs comme Aubrey Beardsley, Arthur Rackham, Edmond Dulac, Kay Nielsen… Tout ce qui est marqué d’influences asiatiques, les estampes, tous les travaux orientalistes. Dans l’album, cette influence se perçoit surtout dans le décor végétal que j’ai représenté.
Il y a aussi des illustrateurs contemporains que j’apprécie, comme Andreas Serio, qui travaille le crayon de couleur ; la bande dessinée avec Shaun Tan et son album « Là où vont nos pères », tout en noir et blanc et beaucoup de végétaux. Mais aussi Brecht Evens, James Jean, Peter Van den Ende, Vania Zouravliov… Et bien d’autres, très différents les uns les autres.

Pour l’album Mirza, j’ai beaucoup pensé aux dessins animés de Disney que je voyais enfant, et mes personnages et le décor doivent grandement aux « 101 dalmatiens », « Les Aristochats » et « Fantasia», celui de 2000 (Rhapsody in Blue).

  Et si c’était à refaire ?

Je travaillerai en format plus grand pour éviter que la texture de mon crayon et celle du papier ne remontent à la mise au format. C’est vrai que dans les premiers temps, on ne pense pas forcément à l’étape technique du scan, à la gestion couleur sous Photoshop, et à ce que cela va donner à l’impression… Parce que ça n’a rien à voir entre ce qu’on voit à l’écran et ce qui s’imprime ! Mais avec l’expérience, cela vient naturellement.


  L’avis de l’Atelier A3

L’histoire d’une vieille dame brossée avec un humour presque irrévérencieux au travers de cette escapade prosaïque : un parc, une vieille dame, un chien et des pigeons, loin d’un univers féerique, nous a beaucoup plu. Faire d’une grand-mère l’héroïne de l’histoire est amusant, inhabituel et cela a touché les lecteurs. Il y a une belle altérité dans tes représentations. C’est une grande force de savoir camper des personnages ordinaires, tout en leur portant de la tendresse.

Le travail de Marion à retrouver ici.