Auteur/autrice : Atelier A3

Concours Attitude #15

© Zelda Zonk : Côté coulisses, découverte des projets…

Dernière étape avant délibération : l’Atelier A3 se réunit pour présélectionner les projets… Et qui passe sa journée à l’imprimante ?

Loreen Casati, Premier Prix du concours Escapade

Avec son album Le tableau, Loreen Casati a su emporté l’adhésion du jury et a reçu le 1er prix de l’édition 2020 du concours de l’Atelier A3.
Elle nous raconte comment elle a conçu ce bel album.

@ Loreen Casati pour l’Atelier A3

 

  Loreen, raconte-nous ton parcours ?

@ Loreen Casati, Autoportrait

Je suis en seconde année du D.M.A de graphisme et numérique, à l’école Estienne. Quand j’ai réalisé “Le tableau”, j’étais en première année et c’était ma toute première expérience dans l’illustration.

 Avant, j’ai suivi une toute autre filière puisque j’ai un bac scientifique ! Longtemps, j’ai pensé que l’art et l’illustration ne seraient qu’un loisir pour moi, qui occupait néanmoins une grande place dans ma vie : je suivais des cours de modèle vivant et j’adorais ça ; et j’ai choisi Option Arts plastiques dès la Troisième. J’alliais ma scolarité avec cette passion du dessin, sans penser que cela puisse prendre une autre tournure

Pourtant, en terminale, alors que j’étais prise dans des prépas scientifiques, j’ai eu un entretien à l’école Estienne, seul choix artistique que j’avais osé sur ParcoursSup. Je me suis présentée avec un portfolio contenant tous mes dessins, mes recherches, mes carnets, un book pêle-mêle de tout ce que je faisais à côté de mes études. Ce book et ma motivation les ont convaincus. Pour moi, ce fut un véritable déclencheur et j’ai changé d’orientation pour le design et l’illustration.

 J’ai toujours eu la passion du dessin et la passion du cinéma. À Estienne, j’ai découvert le métier de “storyboard-artiste” et ça me tente vraiment ! Bientôt, je vais faire un stage à La brigade du Titre qui réalise des génériques pour des séries Netflix et Arte, je vais découvrir le « motion-design ».
Ensuite, je ne sais pas : une école de cinéma ou continuer dans les écoles d’art, Estienne, Emile Cohl, l’Ensaama… 

En tout cas, raconter une histoire et dessiner, pour le jeu vidéo ou l’animation, la BD ou dans l’illustration, c’est ça que je veux faire.

 

  C’est quoi ton truc préféré dans la vie ?

@ Loreen Casati, non atelier imaginaire

Avant le Covid, quand j’ai emménagé à Paris, c’était les sorties culturelles, aller au cinéma, dans les musées… Maintenant, et les confinements, je regarde des séries, des films et je dessine en même temps : je redessine les plans. Le cinéma d’animation, l’illustration, la bande dessinée, le manga, ce sont tout ces médiums qui me font plonger dans le monde de l’art.

  

   Raconte-nous ton album Le Tableau

C’est l’histoire d’une petite fille qui est fascinée par un tableau dans un musée. Elle brave les interdits, le touche, et le tableau l’absorbe. Elle vit alors toute une escapade dans cet espace à l’opposé de son monde à elle, puis elle revient à la réalité doucement.

@ Loreen Casati, Le Tableau – Atelier A3
@ Loreen Casati, Le Tableau – Atelier A3
@ Loreen Casati, Le Tableau – Atelier A3

 

  Comment as-tu réussi à dérouler ton fil narratif ? Quels écueils tu as dû surmonter ? 

Pendant le confinement, j’étais rentré à Lyon. Par ma fenêtre, je ne voyais que des immeubles et j’avais envie de nature ! Ce contraste entre ce que je voyais au quotidien et l’envie de nature m’a guidé d’emblée. J’ai d’abord eu l’idée de quelqu’un qui voyageait à travers des cartes postales collées sur le frigo. Mais c’était trop compliqué à mettre en place en 16 pages. Alors, j’ai pensé à quelqu’un qui entre dans un tableau. Mais pour que l’histoire fonctionne, il fallait signifier un contraste entre le quotidien et l’inhabituel. J’ai donc choisi une forêt amazonienne évoquant l’évasion, très loin de la ville.

@ Loreen Casati, Le Tableau – Atelier A3
@ Loreen Casati, une planche

Comme j’avais l’impression que cette histoire ne se raconterait pas bien en double page comme pour un album illustré, j’ai privilégié une narration proche de la bande dessinée. Par le biais des cases, je pouvais déployer toute mon histoire.
Parfois, l’enchaînement narratif bloquait, car on ne comprenait pas ce qui se passait. Alors, j’ouvrais toutes les BD que j’avais chez moi et je cherchais à comprendre comment les auteurs professionnels réussissent à rendre plausible et compréhensible les actions.

L’écueil le plus important pour moi a surtout été de déterminer quel style graphique j’utiliserais.

 

  Quelles ont été tes étapes de travail, crayonnés, story-board… ?

On était en plein confinement, je n’avais plus de papier : j’ai tout fait sur mon iPad, même le story-board, alors que normalement je le fais de manière traditionnelle. Je suis une grande fan d’aquarelle et des encres de chine, tout ce qui est très liquide, très vaporeux. Mais pour ce projet, tout est réalisé à l’iPad, en aplats.

@ Loreen Casati – StoryBoard

J’ai fait le story-board immédiatement parce que certaines planches me trottaient en tête. Je les ai vite dessinés, pour ne pas les oublier ! Mon story-board est plutôt lâché avec une mise en page précise et un découpage qui n’a quasi pas évolué ensuite. C’est l’étape la plus fluide et la plus simple de tout le processus. 

Par contre, les esquisses dans chaque case n’ont rien à voir avec le dessin final. Sur le style, j’étais dans le flou, je ne savais pas comment j’allais représenter le personnage et les décors. Je pouvais détailler les visages et les corps avec un paysage aux lignes plus sommaires en arrière-plan. Ou l’inverse.
Dans mes ateliers de modèles vivants, j’avais tendance à ne pas faire le visage, mais seulement son contour. Avec l’idée que ça aide à la compréhension globale de mon dessin. Je suis partie de ce postulat d’un visage-silhouette et j’ai commencé par le personnage, puis j’ai fait les décors. La première scène que j’ai travaillée est celle où le personnage saute dans la cascade : cela a donné le coup d’envoi pour tout le reste.

@ Loreen Casati, Le Tableau

 Pour les couleurs, la peau rouge est arrivée plutôt par défaut, à partir d’une teinte posée sans recherche précise. Ensuite, dès que je tentais de changer cette couleur, plus rien n’allait ! J’ai enrichi ma palette en cherchant du contraste à partir de ce rouge et j’ai défini le bleu et le vert.

Aucun dessin n’est cerné, mais les cases le sont : comme c’était mon tout premier travail d’album, j’étais parfois un peu perdue, je n’ai pas trop osé sortir des cases… À l’avenir, j’essaierai d’en sortir et de jouer avec.

 Avec l’IPad Pro, on utilise l’application Procreate, en RVB. Du coup, les couleurs sont plus vives qu’en CMJN… J‘utilise Photoshop pour les retouches sur ordinateur.

  Quelles sont tes influences ?

Pour les décors, je me suis beaucoup inspiré de Katsushika Hokusai, des Nabis et d’Édouard Vuillard.
Il y a des artistes comme Tomer Hanuka que je suis sur Instagram. Des auteurs de mangas chinois, Wu Miao pour « La Légende de Tarsylia », Jidi A Geng  pour « Sur La Pointe des Pieds » dont les couleurs m’avaient émerveillées.
L’animation aussi, avec Walt Disney d’abord, puis Miyazaki et Satoshi Kon.
J’aime les œuvres qui parlent à tous les publics, la jeunesse mais aussi aux adultes.

Et si c’était à refaire ?

Ne plus douter autant du style ! C’était la partie qui m’a le plus posé de souci. J’étais même à deux doigts d’abandonner, parce que je ne savais pas comment démarrer.
J’avais toujours eu envie de faire une bande dessinée, alors il était essentiel que j’aboutisse seule sans prendre d’avis extérieurs, de peur de me perdre. Travailler seule presque deux mois, se confronter aux problèmes techniques comme la colorimétrie CMJN / RVB, et être récompensée renforcent ma confiance en mes capacités de dessins, de narration, dans le choix de mes études… et m’a permis d’intégrer des contraintes pour rendre ensuite des travaux plus professionnels…

Les conseils que je pourrais donner, c’est de ne pas abandonner en cours de route : on n’a rien à perdre à aller jusqu’au bout…

 

Une Escapade selon Viola Amman

Lauréate du troisième prix du Concours 2020, Viola Amman nous raconte comment elle a conçu et réalisé son album Bienvenue !

© Viola Amman pour l’Atelier A3

   Viola, raconte-nous ton parcours ?

© Viola Amman

Je suis italienne, je viens de Milan. Depuis maintenant cinq ans, j’habite à Lyon pour mes études. Après mon bac, faire du dessin, pour moi, s’est imposé. Mais je ne savais pas vraiment quoi choisir : bd, illustration ou animation. En Italie, il y a de très bonnes écoles, mais chaque domaine est enseigné séparément. J’ai cherché et j’ai découvert l’école Emile Cohl à Lyon. Leur formation me correspond car on y propose trois ans de pratique du dessin, tout explorant à la fois l’animation, l’illustration et la bd pour ensuite se décider. C’est ce qu’il me fallait.

A l’issue du cycle 1 de « Dessinateur praticien », j’ai poursuivi mes études en « Master Edition, option illustrations et bd ». Actuellement, je suis en dernière année et je travaille sur mes projets de diplôme. Pour finaliser ma formation, je cherche un stage. J’ai envoyé beaucoup de candidatures un peu partout, j’ai eu quelques contacts avec des maisons d’édition et j’ai pu parler avec pleins de gens. Une journée de « job Dating » a été organisée par l’école, pour rencontrer d’autres éditeurs encore. 

 

   C’est quoi ton truc préféré dans la vie ?

© Viola Amman, son atelier imaginaire

Mon truc préféré, c’est cuisiner et partager un bon repas ! Je suis gourmande, j’aime à peu près tout, aussi bien la cuisine italienne que la cuisine française. Avec quand même une préférence pour l’italienne ! 

 

   Raconte-nous ton album, Bienvenue !

C’est l’histoire d’une petite maison qui ne se sent pas bien là où elle est. Un jour, elle décide de partir à l’aventure pour trouver un nouveau chez elle… Finalement, ce qui est important, pendant ce voyage, ce sont les rencontres qu’elle va faire sur sa route. 

 

   Comment as-tu réussi à dérouler ton fil narratif ? Quels écueils tu as dû surmonter ?

Le thème Escapade tombait bien avec le confinement… Quand je recherche une histoire, je me lance dans deux choses : d’un premier côté, je dresse une liste de phrases, de mots et les thèmes que j’ai envie de raconter. De l’autre côté, j’ébauche des petits dessins, sans trop réfléchir. Pour ce projet, j’avais croqué une petite maison avec des jambes, des pieds et des mains. Elle m’a beaucoup plu ! Bien sûr, c’est lié au contexte du confinement : on a tous dû vivre chez nous, lieu qui est devenu très important. J’ai développé mon petit dessin de maison en le liant aux thèmes de liberté, voyages, se sentir bien ou pas bien, les rencontres… 

© Viola Amman, recherches couleur

   Quelles ont été tes étapes de travail, crayonnés, story-board… ?

Il fallait une histoire simple, car l’album ne fait que 7 double-pages. C’est trop court pour raconter une histoire complexe ! 

© Viola Amman, chemin de fer

Pour commencer, je clarifie mes idées en posant des petites scènes dans un format vraiment tout petit. Cela m’aide aussi à estimer l’espace que j’aurai pour dérouler mon récit. J’ai d’ailleurs réalisé plus de dessins que nécessaires ! Il y avait plein de choses qui me venaient à l’esprit. Ensuite, pour créer mon histoire, j’ordonne toutes ces images en sélectionnant celles qui me plaisent le plus et je relie entre elles. Même si mon story-board n’est qu’une ébauche, une fois qu’il est posé, je m’y tiens.

Mes 7 scènes choisies, je finalise un chemin de fer plus détaillé et j’entreprends des recherches graphiques au crayon. Quand je suis satisfaite du rendu graphique, j’attaque enfin les crayonnés puis la couleur. Ensuite vient l’étape du scan, je mets mes dessins au propre avec Photoshop. 

© Viola Amman, recherches

   C’est quoi ta cuisine ?

Quand j’ai fait mes recherches graphiques, je savais que je n’avais pas énormément de temps pour réaliser le projet : cela a influencé mon style. Ma préférence tend vers les techniques traditionnelles, alors j’ai utilisé les crayons de couleurs. J’aime quand il y a des petites textures, des imprévus. Je trouve le rendu plus personnel et intime. 

 

   Quelles sont tes influences ?

J’aime beaucoup Květa Pacovská. Je ne la connaissais pas avant que mes professeurs établissent un lien entre mes recherches et son œuvre graphique. 

Deux auteurs-illustrateurs italiens m’inspirent également beaucoup : Andrea Antinori et Noemi Vola, pour la liberté qui se dégage de leur travail, à la fois enfantin, aux formes très libres, réalisées aux crayons et aux feutres. Mais aussi le travail de Beatrice Alemagna, Sarah Mazzetti, Hasan MousaviiValerio Vidali

Mon travail est une superposition de tous ces artistes qui m’ont touchée et qui m’ont montré que l’on pouvait s’exprimer comme on le ressent. Dans mon carnet, j’ai commencé à dessiner plus librement et à affirmer mon propre style. Avoir découvert ces artistes m’a autorisé à plus suivre mon ressenti.

 

   Et si c’était à refaire ?

Vos remarques techniques sur les problèmes d’impression m’ont été très utiles. On n’a pas trop l’habitude d’imprimer nos travaux à l’école. Du coup, en finalisant mon projet de diplôme, j’ai réfléchi à certains aspects techniques auxquels je n’aurais peut-être pas pensé avant d’avoir participé au concours, comme de m’assurer que la texture que j’obtiens avec le crayon sorte bien une fois imprimée. 


  L’avis de l’Atelier A3

Bienvenue ! est un album coup de cœur, pour la simplicité de ses formes, le côté lâché du dessin, les couleurs primaires et l’évidence, de la mise en page. Cette simplicité, cette liberté des formes, produisent un album pétillant, joyeux, enthousiasmant.

Le travail de Viola Amman est à découvrir ici.

L’escapade de Marion Sonet

Second prix du Concours ESCAPADE avec son album Mirza se fait la malle, Marion Sonet a accepté de répondre à nos questions pour nous raconter comment elle s’est emparée du thème et pour nous livrer techniques et conseils.

© Marion Sonet pour l’Atelier A3

Marion, raconte-nous ton parcours ?

© Marion Sonet

Après un baccalauréat en Arts Appliqués, j’ai obtenu mon BTS en design graphique, puis un DNAP à l’ISBA de Besançon. Toutes ces formations m’ont permis d’expérimenter de nombreuses pratiques artistiques. Mais mon choix était de devenir illustratrice. Alors, j’ai trouvé en Belgique une très bonne formation, je suis partie à Bruxelles, à l’ESA St-Luc suivre un Bachelor. C’est une super formation, assez technique mais orientée illustration jeunesse, avec la possibilité d’expérimenter différents domaines. La formation nous laisse libre de nous exprimer, de trouver sa propre identité. Je suis très contente d’être partie là-bas, Bruxelles est une ville superbe et idéale pour un·e étudiant·e en art !

Aujourd’hui, je démarche les maisons d’éditions pour proposer mon savoir-faire pour des albums illustrés. Cela prend du temps, car il est complexe de comprendre ce que des éditeur·trice·s attendent de vous, et de savoir comment présenter son portfolio. Dans un premier temps, on ne sait pas très bien ce que va préférer votre interlocuteur·trice : dessins pour enfants ou pour adultes ? Savoir cibler, c’est le plus difficile !
En plus, je fais des choses assez diversifiées. En définitive, j’ai compris qu’il valait mieux avoir de la qualité plutôt que de la quantité. Bref, il faut surtout comprendre et connaître ce que publie la maison d’édition, ce qui pourra l’intéresser dans mon travail, et écarter ce qui paraît secondaire.

  C’est quoi ton truc préféré dans la vie ?

© Marion Sonet, son atelier imaginaire

Oh, que des choses simples !! Le contact avec la nature et les animaux ; être avec mes amis et passer du temps à refaire le monde ! C’est ça mon truc… refaire le monde et en parler pendant des heures !

  Raconte-nous ton album, Mirza se fait la malle

© Marion Sonet, Mirza se fait la malle

C’est l’histoire d’une grand-mère et de son chien qui est plutôt possessif et jaloux ! Ils se promènent tous les deux dans un parc public, mais la mamie s’occupe un peu trop des pigeons. Alors, Mirza pique une crise de jalousie et pour attirer l’attention de sa maîtresse, s’enfuit.

Mon inspiration, c’est la chanson de Nino Ferrer : Mirza. C’est un tube léger et rigolo. Cette chanson m’est venue à l’esprit, car je voulais raconter une histoire simple et efficace.
J’ai d’abord eu en tête une toute autre histoire : celle d’une petite fille qui se balade la nuit avec son chat. Mais j’ai jugé qu’en 16 pages, je ne réussirais pas à installer de vrais moments forts.

  Comment as-tu réussi à dérouler ton fil narratif ? Quels écueils tu as du surmonter ?

Ah les écueils !! Surtout par rapport à mon style d’illustration !
J’aime les planches très fournies, avec beaucoup de détails. Lors de ma première participation au concours, avec l’album « La tarte au citron », vous m’aviez expliqué que les nombreux détails composant mes dessins faisaient barrage à la compréhension de l’histoire. Du coup, j’ai décidé de rester le plus simple possible, à la fois dans la narration et dans la composition des images, en faisant des pages plus aérées.

© Marion Sonet, crayonné

  Quelles ont été tes étapes de travail, crayonnés, story-board… ?

Mon story-board me permet d’étalonner les 16 pages de l’album complet. Je construis chacune de mes doubles-pages de manière rapide, en privilégiant surtout la narration. Je répartis sur ce chemin de fer les actions de mon récit que je juge importantes. Je pose déjà une idée de la composition, mais je ne m’y attarde pas. C’est ensuite, quand je me lance dans le dessin final, c’est vraiment là que je compose l’image, c’est assez instinctif et naturel.

© Marion Sonet, crayonnés

 

  Tu as privilégié une construction page page plutôt qu’en double-page. Tu peux nous dire pourquoi ?

16 pages, c’est très serré ! J’ai toujours envie de dire beaucoup, alors j’ai choisi un découpage page à page. Si l’album avait été en 32 pages, j’aurais privilégié la double page. Mais j’ai lié les pages en vis-à-vis, avec les paysages, créant une continuité sur les doubles. Au milieu de l’album, j’ai créé une aération, une pause, en introduisant du blanc dans mon dessin sans décor, il n’y a quasiment que les personnages. Cela m’a permis de marquer un moment clef de l’action.

© Marion Sonet, Double-pages

  C’est quoi ta cuisine ?

J’ai choisi de faire un dessin au crayon à papier noir, puis de passer à la colorisation avec Photoshop. Comme c’est une histoire pour les enfants, je voulais des couleurs vives et pures, avec une palette restreinte. C’était un test, j’ai plutôt l’habitude de techniques « traditionnelles », aquarelle, crayons de couleurs…

  Quelles sont tes influences, pour cet album et en général ?

L’Art Nouveau que j’aime beaucoup : à la fois très chargé, beaucoup de nature et des formes végétales avec des dessinateurs comme Aubrey Beardsley, Arthur Rackham, Edmond Dulac, Kay Nielsen… Tout ce qui est marqué d’influences asiatiques, les estampes, tous les travaux orientalistes. Dans l’album, cette influence se perçoit surtout dans le décor végétal que j’ai représenté.
Il y a aussi des illustrateurs contemporains que j’apprécie, comme Andreas Serio, qui travaille le crayon de couleur ; la bande dessinée avec Shaun Tan et son album « Là où vont nos pères », tout en noir et blanc et beaucoup de végétaux. Mais aussi Brecht Evens, James Jean, Peter Van den Ende, Vania Zouravliov… Et bien d’autres, très différents les uns les autres.

Pour l’album Mirza, j’ai beaucoup pensé aux dessins animés de Disney que je voyais enfant, et mes personnages et le décor doivent grandement aux « 101 dalmatiens », « Les Aristochats » et « Fantasia», celui de 2000 (Rhapsody in Blue).

  Et si c’était à refaire ?

Je travaillerai en format plus grand pour éviter que la texture de mon crayon et celle du papier ne remontent à la mise au format. C’est vrai que dans les premiers temps, on ne pense pas forcément à l’étape technique du scan, à la gestion couleur sous Photoshop, et à ce que cela va donner à l’impression… Parce que ça n’a rien à voir entre ce qu’on voit à l’écran et ce qui s’imprime ! Mais avec l’expérience, cela vient naturellement.


  L’avis de l’Atelier A3

L’histoire d’une vieille dame brossée avec un humour presque irrévérencieux au travers de cette escapade prosaïque : un parc, une vieille dame, un chien et des pigeons, loin d’un univers féerique, nous a beaucoup plu. Faire d’une grand-mère l’héroïne de l’histoire est amusant, inhabituel et cela a touché les lecteurs. Il y a une belle altérité dans tes représentations. C’est une grande force de savoir camper des personnages ordinaires, tout en leur portant de la tendresse.

Le travail de Marion à retrouver ici.

Concours Attitude #11

Et c’est reparti ! Le concours est ouvert, tu peux t’inscrire sur le blog.
Le thème te plaît ? On a beaucoup cogité comme tu peux le voir…

© Zelda Zonk : Côté coulisses, la difficile recherche du thème.

La Concours Attitude vue par Joëlle Passeron #10 – #9, Marie de Monti #8#7 – #6 – #5 et déjà, selon Zelda Zonk #1 – #2 – #3 – #4

Concours 2021 : le jury invité

Cette année, nous avons le grand plaisir d’accueillir comme membre du jury, Nathalie Choux et Sébastien Pelon, deux illustrateur-trice de talent !

© Nathalie Choux

Après une formation en arts appliqués à Paris, Nathalie Choux passe une année à l’École Nationale de Marionnettes à Prague. De retour en France, elle s’inscrit aux Arts Décoratifs de Paris pour y étudier l’illustration.

C’est d’abord dans l’édition qu’elle choisit de développer son univers poétique et décalé ; sans abandonner le dessin, elle étend ensuite son langage à la céramique. Illustratrice reconnue dans le domaine de la littérature jeunesse (elle a publié une cinquantaine de livres à ce jour), elle travaille également pour la presse et la publicité.

Une itw en 2018 de Nathalie par france-info est à retrouver ici.
Et aussi son Site.

 

© Sébastien Pelon

Diplômé de l’École Supérieure des Arts-Appliqués Duperré, Sébastien Pelon a d’abord travaillé au studio du Père Castor Flammarion.

Devenu illustrateur indépendant, il collabore avec de nombreux éditeurs et illustre de nombreux albums, contes classiques, couvertures ou séries.
En 2018, il publie son premier album comme auteur et illustrateur, Mes petites roues, chez Père Castor Flammarion.

Le Site de Sébastien.