À la pêche avec Rémi Saillard…

© Rémi Saillard

Rémi Saillard rejoint l’équipe de l’Atelier A3 pour parrainer la première édition 2019 du Concours d’albums illustrés.

Rémi, on nous a glissé à l’oreille que tes deux passe-temps favoris étaient la sieste et la pêche !
Oui, d’ailleurs quand je fais la sieste, je rêve d’aller à la pêche ! Et réciproquement…

Et ton personnage d’album, comment le pêches-tu ?
Je commence par des croquis, je cherche une forme. Ça monte doucement, au fur et à mesure, pour devenir un personnage qui doit encore être précisé.
Mais, surtout, je travaille un décor et une mise en scène dans un chemin de fer. J’y pose mes formes de personnages. Toute l’atmosphère de l’album se construit autour de ça.
Pour moi, le décor joue un rôle essentiel, il détermine l’esthétique de l’album.
En fonction du texte que j’ai à illustrer, j’ai deux registres : le trait ouvert au crayon ou la gravure. Je choisis l’un ou l’autre selon les tranches d’âge et les thèmes. J’adapte ainsi ma technique. Par exemple, pour les albums, les objets et le décor sont très travaillés quand les personnages sont archétypés, je fais alors le choix de la carte à gratter qui fonctionne mieux pour restituer l’ambiance que je cherche à créer.
Pour les petits romans illustrés, je privilégie le dynamisme des personnages, car ces histoires ont beaucoup de dialogues et d’anecdotes. J’ai besoin de les faire bouger, de varier les attitudes et les expressions. Le trait léger s’y prête beaucoup mieux. Le décor devient plus secondaire.
Mais bien sur, comme je cherche à toujours m’amuser et à me renouveler, ces deux registres peuvent s’entremêler.

Tu es clavier ou papier ?
J’ai toujours aimé la gravure, gratter ma pointe sur le zinc !
Mais la technique de la gravure ancienne est trop lourde pour les contraintes de l’illustration. Après avoir utilisé la carte à gratter, je crée maintenant mes propres supports. Actuellement, j’utilise une carte brillante épaisse que je recouvre d’encre noire. Pour faire naître une forme, je pars de la masse du noir et je gratte pour aller vers le blanc, pour faire jaillir la lumière. À partir de crayonnés précis, je gratte, je cherche, je me frotte à la matière.
J’ai d’abord une vision noir et blanc de mes illustrations. Le geste et le trait sont essentiels pour créer l’image. Ensuite, je mixe ce “fait main” et la technique numérique. Mes couleurs sont réalisées à l’ordi.

Loup y es-tu?
Le loup, c’est un personnage archétype de conte et une silhouette que l’on connaît tous. J’aime le dessiner de profil, ça lui donne plus de personnalité. C’est amusant de se moquer de lui, de le caricaturer, d’en faire un personnage de comédie plus ou moins maigrichon et famélique. Il se prête à la dérision et au ridicule.
Dans Faim de Loup, je lui ai cherché un air hirsute en le dessinant au crayon à papier avec un trait nerveux, presque du gribouilli, alors que le lapin a une ligne plus souple, plus onctueuse, le trait est repris au calque.

Raconte-moi une histoire !
J’aime qu’on me donne une histoire. Illustrer l’histoire d’un auteur, c’est s’enrichir de l’univers de l’autre, ce qui m’évite de tourner en rond. Cela permet un regard différent. C’est pour moi une ouverture qui me permet de chercher et de me renouveler.

Merci Rémi !
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Pour prolonger l’exploration du travail de Rémi Saillard : voir ici, là également.
Et lire ou relire l’interview d’Aurélie Guillerey.