Comment l’illustrateur-trice et le-a D.A. travaillent ensemble.

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Une interview de Nicolas, directeur artistique.


COOL ! tu as reçu une proposition pour un travail d’illustration.
Mais qui est ce D.A. ?
Jusque là, un D.A. c’est pour toi le contact à qui présenter ton book, celui que tu croises rapidement dans des salons, à Montreuil, à Bologne ou quand tu réussis à décrocher un rdv. D’ailleurs, nous reviendrons dans un prochain billet sur les différentes façons d’attirer l’attention d’un D.A. (nous menons une vaste enquête).

© pommecul – La vie d’un directeur artistique en agence

 


Pour l’heure, définissons ensemble le rôle d’un D.A. dans une maison d’édition. Nous en profiterons pour interroger Nicolas. Il est Directeur Artistique, son travail se concentre sur les couvertures des romans ados. Café à la main, ça tombe bien, il avait une demi-heure à nous consacrer entre deux couvertures de livres.


  Nicolas, c’est toi qui passes commande des illustrations. Qu’est-ce que tu attends d’un illustrateur-trice ?

Quand je reçois un texte dont je dois penser la couverture, je recherche un illustrateur avec qui je peux aboutir une création de qualité. Solliciter un illustrateur, c’est croire en son talent, reconnaître ses qualités et sa singularité artistique. C’est lui faire confiance, tout simplement.
Une fois mon choix arrêté, je contacte cette personne, par mail ou par téléphone. Je lui expose le projet, les enjeux, les stratégies : tout ce que l’illustrateur doit savoir pour comprendre de quoi il s’agit.
À partir de ce brief, j’attends que l’illustrateur prolonge, poursuive, initie. C’est comme une course de relais : je passe le flambeau pour que le projet s’enrichisse de sa connaissance de l’image et qu’il déploie tout son talent.
Je laisse de l’espace, de la liberté, pour que l’illustrateur puisse créer. Cela me paraît essentiel pour que l’illustrateur ne reste pas en retrait, ni retranché derrière mes idées. S’emparer de cette liberté, c’est le meilleur moyen de dépasser le brief, d’aller plus loin, d’enrichir le projet. L’illustrateur ne doit pas se contraindre, je suis ouvert à la discussion. Ce débat est même primordial.

  C’est quoi ton rôle de DA ?

Dans l’équipe, je suis celui qui a la charge des choix artistiques, celui qui met en forme met en image. Mon travail, c’est donc de définir des choix graphiques et de les partager : avec l’équipe éditoriale bien sur, mais aussi avec le marketing. Pour cela, j’explore, je cherche, je m’inspire. Quand je détermine un choix graphique, je cherche à lever toutes les ambiguïtés et tous les doutes pour que le but soit partagé par tous. C’est beaucoup de discussions mais c’est aussi précieux.
Avec l’illustrateur, c’est un peu pareil : j’ai besoin de son retour pour aboutir le projet, j’ai besoin de son implication. Ensemble, on dialogue : pour clarifier et affiner l’idée. C’est par ces échanges que se construisent mes couvertures.

  La couverture que tu as adoré faire ?

J’ai adoré faire la couverture d’Instinct (roman de Vincent Villeminot). Elle recourt à peu de signes (une matière : du béton, un accident : une trace de griffure, et un titre), elle est forte, elle ouvre un champ imaginatif. Elle était difficile à crayonner. J’ai fait appel à un illustrateur de jeux vidéo. Il n’avait jamais réalisé de couverture de livre, mais c’était un faiseur d’images. Bien qu’appartenant à deux mondes qui se croisent peu, notre dialogue a été des plus enrichissants.

Instinct – V. Villeminot – éditions Nathan

 

  La couverture que tu aurais aimé faire ?

La tentation des textes classiques ! L’histoire est tellement connue qu’on peut s’attacher à un travail de couverture exploratoire, hors des cadres consensuels, non narratif… J’aime particulièrement la liberté de création des éditions Penguin, lorsqu’il s’agit de textes bien connus. La couverture du roman de George Orwell, 1984, représente pour moi ce qu’il y a de plus audacieux.

1984 – G. Orwell – éditions Penguin

Dans la maquette très classique de la collection « Complete unabridged », le titre de l’œuvre et le nom de l’auteur sont masqués par un rectangle noir, celui de la censure. C’est très malin, et cela montre jusqu’où on peut compter sur le lecteur dans la compréhension d’une image. Il a peut-être fallu un long temps de réflexion au graphiste pour avoir cette idée, mais sa réalisation n’a pas pris plus d’une minute…

Il est temps de filer, d’autres couvertures attendent Nicolas. Et mon café est froid : promis nous aborderons cet éminent sujet (du café froid) une autre fois. Merci Nicolas.