Quand l’illustrateur·trice raconte une histoire…

Une interview de Sandrine Mini.

Pour vous parler de l’album sans texte, l’atelier A3 a rencontré Sandrine Mini, actuellement directrice des Éditions Syros, qui fut avec Kamy Pakdel à l’origine de la collection Histoire sans paroles lancée en 2004 aux Éditions Autrement.


Sandrine, peux-tu nous dire comment est née cette collection ?

Kamy Pakdel et moi avions deux points de départs essentiels.
D’abord un postulat très fort sur l’enfant, lecteur d’images avant de devenir lecteur de textes. Avant même de savoir lire, l’enfant est déjà un lecteur d’histoires, tout simplement en regardant des images, qui racontent beaucoup. Ensuite, nous voulions valoriser l’image, l’illustration, en proposant un espace narratif et créatif aux illustrateurs·trices.

Alors que notre projet était en gestation, le hasard a fait que l’illustrateur Muzo est venu nous montrer un projet quasi similaire, tant par le format que la narration muette.
Pour lancer la collection, nous avons affiné le concept de l’objet livre, puis proposé à d’autres illustrateurs·trices de raconter leur histoire.

Pourquoi avoir choisi un format à l’italienne ?

Très vite, on a pensé le format comme essentiel et partie prenante de notre projet. Le format à l’italienne s’est imposé, parce que très cinématographique, pensé comme un travelling. Permettant de dérouler l’histoire sur une longue double page…
Pour pousser notre logique d’Histoire sans paroles jusqu’au bout, aucun titre ne figure sur la première de couverture. Bien sur, il fallait penser aux libraires et aux bibliothécaires et prévoir un référencement. Alors notre fabricante, Bernadette Mercier, a imaginé ce « cache-poussière », en fait une jaquette cartonnée qui permet d’y réunir les informations éditoriales, titre, auteur·trice, nom de collection, argumentaire de 4e de couverture, maison d’édition…

Un petit nuage, Muzo, Autrement, Histoire sans paroles, 2004

Comment les albums étaient élaborés par les illustrateurs·trices ?

Nous ne leur avons rien fourni, aucune trame narrative, aucun thème, pas de synopsis, excepté le format, le nombre de pages et la présentation du projet spécifiant le public premier, à savoir les enfants non-lecteurs de textes. Les illustrateurs·trices venaient nous voir avec leur histoire sous forme de chemin de fer, parfois avec des crayonnés plus aboutis, c’était leur création.
La cohérence et la lisibilité de la narration étaient essentielles, ainsi que le talent de l’artiste, sa singularité, son regard. Pour que l’histoire puisse fonctionner, elle doit être un récit compréhensible, avec un début et une fin.

Le succès d’un album, de manière générale, ne tient pas qu’aux belles images : il tient à l’envie que l’on a d’y revenir car quelque chose nous résiste (plaisir très fort de vouloir comprendre), à l’espace laissé à l’imaginaire du lecteur·trice…

Quels conseils donnerais-tu aux étudiants·tes ?

Les Éditions Autrement conseillaient aux illustrateurs·trices qui butaient sur le récit d’écrire pour eux-mêmes, de se faire le pitch. Ils peuvent ainsi noter les points essentiels, être attentif au rythme et veiller à la chute de leur histoire.
Ensuite… Comment utiliser la page ? Rythme, perspective, cadrage, hors-cadre, travelling… des éléments essentiels pour bâtir un tel album.
Demande-toi quelles sensations tu as envie de faire ressentir à ton lecteur et comment arriver à transcrire visuellement une palette d’émotions.

Merci à Sandrine de nous avoir présenté cette collection.
Tout est clair, cela vous a inspiré ?
Au travail maintenant ! On attend vos projets.


Pour découvrir quelques albums sans texte, c’est ici avec Rémi Saillard et également là avec Philippe Roux.
Retrouve les parrains du concours, Aurélie Guillerey et Rémi Saillard.
Et les conseils sur L’image narrative, Le D.A., La fabrication.